• Des achats à impact positif grâce au recyclage et à l'upcycling

Prix : pourquoi les vêtements recyclés ou upcyclés coûtent-ils plus chers ?

Lorsque l’on s’intéresse à la mode éco-responsable, on voit vite qu’il existe un écart de prix - parfois très important - entre des produits éco-responsables et ceux issus de la mode traditionnelle. Comment les marques arrivent-elles à justifier un tel écart de prix entre des vêtements éco-responsables et les autres ? Nous menons l’enquête.

Avant-propos : nous avons choisi d’aborder le thème de l’écart des prix en nous penchant sur l’industrie textile car elle permet d’aborder des enjeux qui peuvent se retrouver dans d’autres productions comme le papier recyclé, le plastique recyclé ou encore les objets de décoration maison recyclés ou upcyclés.


1/ La fast-fashion : aux antipodes de l’éco-responsabilité

Les prix des vêtements recyclés ou upcyclés seraient plus chers. Mais plus chers par rapport à quoi ? Quel est l’élément de comparaison que nous mettons dans la balance face à ces articles éco-responsables ? En fait, la plupart des consommateurs les comparent à des vêtements issus de la mode que l’on qualifie de “fast-fashion”. Ce type de mode constitue l’essentiel du panorama actuel de l’industrie textile et est l’une des industries les plus polluantes au monde (de la culture à la fabrication des matières jusqu’à la fin de vie du vêtement).

Définition

La fast-fashion est un concept d’industrialisation de la mode, inventé au début du 21ème siècle, qui produit une quantité énorme de vêtements à bas prix avec des collections renouvelées très souvent - jusqu’à tous les 15 jours. Les grandes marques souvent citées sont H&M, Zara, Primark, Gap, Bershka, Uniqlo… Leur but : jouer sur l’effet de rareté des vêtements - car disponibles pendant une courte période de temps - pour susciter l’envie et l’acte d’achat du consommateur, le tout rendu accessible par des prix peu élevés (ex: une robe longue à 15€, un débardeur basique à 4,99€...).

Pourquoi les prix sont-ils bas ?

Fournir des vêtements à bas prix n’est possible qu’en rognant sur certaines variables d’ajustements : 

  • la qualité des matériaux employés : les fibres de qualités ont un coût que certaines marques ne sont pas prêtes à payer. Les matières synthétiques dérivées du pétrole sont souvent utilisées car elles restent encore moins chères à produire.
  • l’utilisation massive de produits chimiques : que ce soit dans la culture du coton, dans les teintures ou dans le choix des matières, utiliser de la chimie est plus rapide, moins cher et plus prévisible que le naturel. 
  • l’éthique : souvent bafouée à toutes les étapes de production, des agriculteurs, aux couturiers, transporteurs et autres salariés, jusque dans les services de design des grandes entreprises de la mode. 
  • l’originalité des produits : les vêtements sont en général basés sur des modèles et coupes créés par d’autres designers de marques concurrentes. La copie est légion, on gagne du temps de R&D (Recherche et Développement). Le style devient alors uniforme entre toutes les marques de fast-fashion.

 

L’ultra fast-fashion : quand la dématérialisation de la fast-fashion mine le secteur textile

L’ultra fast-fashion est un concept qui se situe encore un cran au-dessus : en plus d’utiliser les mêmes principes que la fast-fashion, on enlève les freins logistiques et matériels liés à la gestion de boutiques physiques. Les procédés sont digitalisés au maximum, pour réaliser des économies et éviter tout frein à l’achat. En un clic, nous pouvons acheter une robe et la porter le lendemain, surtout lorsque les grands acteurs du secteur comme Boohoo, Missguided, Pretty Little Things, ont leurs ateliers de fabrication aux mêmes endroits que leurs entrepôts : toute la logistique liée à la conception du vêtement et à son expédition se retrouve au même endroit. La réactivité est maximale.

Les marques citées plus haut ont leurs habits estampillés “Made in UK” car leurs ateliers de couture sont en Angleterre mais pour autant, les standards sociaux ne sont pas respectés : travail clandestin, horaires à rallonge, personnel embauché au jour le jour suivant l’afflux de commandes,...

Si acheter un vêtement issu de ces modes de production n’a pas un coût élevé pour le client final, c’est que le coût a forcément été répercuté sur une autre variable : l’environnement, la qualité, l’humain. 

L’important, lorsqu’on achète un produit, c’est d’être conscient de ce qu’il représente. Chez Linverse, nous ne cherchons pas à culpabiliser le client pour ses achats mais nous pouvons lui montrer qu’une autre façon de produire des vêtements est possible, mais qu’elle aura forcément un autre coût différent.


2/ Le recyclé et l’upcycling : plus chers car éco-responsables

Zoom sur l’upcycling : créer en fonction de la matière chinée

Upcycling prix

Upcycling : trouver la matière première

Dans l’upcycling, il y a plusieurs façons de se fournir en matière première :

  • soit l’artisan-créateur a des chutes de sa propre production et cherche à les transformer pour les valoriser et éviter de les jeter,
  • soit il n’a pas de chutes et doit partir à la recherche de sa matière première :  vide-maisons, brocantes, entrepôts, ateliers… Dans ce cas, l’étape de collecte de la matière première est fastidieuse et aléatoire : on peut se déplacer pour ne rien trouver. Il faut faire marcher son réseau pour tisser des liens avec des partenaires qui vous mettront de côté leur rebut.

 

Étudier comment la transformer 

Une fois la matière collectée, il faut ensuite trouver comment la transformer. Par exemple, récupérer des pneus de vélos pour les transformer en ceinture demande un temps de recherche, des phases de tests et prototypages, de nombreux ajustements avant d’arriver au produit fini. Si l’on récupère un vieux tissu en tweed, il faudra imaginer une veste ou un short d’hiver, mais pas un t-shirt. Et puis, selon le métrage récupéré, ce ne sera peut-être pas une veste mais un nœud papillon qui pourra être créé. C’est donc la matière qui guide le créateur. À lui de s’adapter.

Dans la mode upcyclée, le détournement de la matière première est roi : détournement de tissus (on prend un rideau pour coudre une jupe), le détournement d’habits (on prend une chemise pour en faire un débardeur), mais aussi détournement de tout autre matière comme les lances à incendies pour réaliser des ceintures, des chambres à air ou du papier pour réaliser des boucles d’oreilles...

Composer avec ses imperfections

Lorsque l’on récupère un produit qui a déjà eu une première vie, il est fort probable que l’on trouve de petites imperfections : rayures, peinture écaillée, accroc sur le tissu, tâches, teinture non uniforme… Il faut alors être en capacité de pouvoir rebondir et de se projeter sur la façon de tirer parti de cette imperfection : est-ce qu’on l’enlève ou on l’intègre au projet ? Cela demande une grande flexibilité au créateur et une forte capacité de résilience : en effet, on ne pourra peut-être pas réaliser le vêtement espéré, mais il faudra composer avec pour lui éviter la déchèterie. Encore une fois, c’est la matière qui va guider la créativité du designer.

Une des limites de l'upcycling : produire en quantité limitée

Voici une des limites propres à l’upcycling qui s’oppose facilement avec la fast-fashion : avec le surcyclage (upcycling en français), on va produire un nombre de pièces en fonction de la quantité de matière dénichée. La fast-fashion, quant à elle, a des quantités infinies de tissus qu’elle peut produire à l'envie. 

En upcycling, vous trouverez souvent des vêtements disponibles en toutes petites quantités, voire parfois des articles uniques. C’est ce qui fait son charme : on ne pourra pas reproduire 2 fois la même collection de vêtements, à moins de retomber exactement sur la même fin de rouleau par exemple, ce qui est peu probable.

L'upcycling décuple la créativité

Le surcyclage nous impose ses contraintes avec lesquelles il faut composer pour créer des produits singuliers. Et de ces contraintes naissent souvent des formes originales ou des usages auxquels on n’avait pas pensé auparavant. On ne peut pas partir d’une page blanche ou d’un dessin d’esquisse, comme avec la fast-fashion ou la mode traditionnelle, mais de la disponibilité de la matière chinée.

 

Zoom sur le recyclage : collecter et transformer à un coût

prix recyclage

La filière du recyclage

Utiliser une matière première recyclée veut forcément dire que pour en arriver à la production d’une nouvelle matière, cette dernière a dû passer entre les mains de différents acteurs du recyclage : collecte, tri, nettoyage, transformation... Toutes ces étapes ont forcément un coût, que chaque acteur répercute sur sa part. Plus il y aura d’étapes pour la transformation d’une matière, plus le prix final du produit sera élevé.

Il peut y avoir pas mal d’acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans le secteur du recyclage : beaucoup d’associations se chargent de récolter et trier les fibres textiles comme avec Emmaüs ou Le Relais. Ces associations emploient souvent des personnes en situation de précarité ou marginalisées par la société, au travers d’ateliers de réinsertion par exemple.

L’exemple de la filière de recyclage issue des filets de pêche

Prenons l’exemple des filets de pêche : il existe une véritable pollution de la mer méditerranée et de la mer du Nord par les filets de pêche. Les chalutiers ont souvent leurs filets qui s’accrochent aux fonds marins et se retrouvent dans la nécessité de couper les liens pour libérer le bateau. Ces filets - généralement en nylon - sont ensuite un véritable fléau pour la faune marine (poissons ou cétacés emprisonnés dans les filets, coraux arrachés, pollution au plastique…). 

Certaines associations et entreprises se sont spécialisées dans la récupération de ces filets pour les proposer à des acteurs du recyclage. Récupérer ces filets n’est pas sans risque : cela implique des plongées à de grandes profondeurs couplé avec la complexité de récupérer un filet entremêlé dans les fonds marins. Il y a un danger qui existe pour les plongeurs. Il est donc normal que le coût de récupération de la matière soit répercuté sur le prix de vente.

Un temps de R&D pour apprivoiser ces nouvelles matières

Aujourd’hui, notre société se retrouve confrontée à une gestion inédite de ses déchets. Au fur et à mesure des inventions, on se rend compte des déchets que chacune d’entre elles génère. Et on se pose les questions du recyclage ensuite, une fois que l’accumulation devient trop importante. 

Grâce à l’avancée de la technologie moderne, les ingénieurs inventent des procédés de transformation de la matière pour la régénérer, la rendre réutilisable et durable. L’innovation devient alors un allié précieux sans cesse en évolution car malheureusement, nous créons toujours plus de nouveaux déchets.

Zoom sur l’éconyl ®, cette nouvelle matière textile recyclée et recyclable 

L’econyl ® est une fibre textile de nylon issue des déchets de nos filets de pêche, tapis, moquettes, ou divers rebuts de l’industrie. L’entreprise italienne Aquafil a décidé de mettre en place des partenariats avec plusieurs grands acteurs mondiaux pour récupérer ces déchets issus de l’activité industrielle. Ce procédé permet la réduction de gaz à effets de serre de 52% par rapport à une production classique de nylon. En plus d’être à 100% recyclé, ce fil de nylon est 100% recyclable. Cette matière permet donc à nouveau la fabrication de nouveaux vêtements, tapis ou moquettes. Le procédé a été breveté, la marque déposée. Toutes ces années de recherche ont un coût, qui se retrouve forcément répercuté sur les prix des produits.


Conclusion

Finalement, acheter de l’éco-responsable recyclé ou upcyclé n’est pas cher lorsque l’on voit sur le long terme, comparé aux répercussions de la fast-fashion sur notre planète et sur l’être humain. Il ne faut pas voir l’investissement de départ mais l’investissement futur. Acheter c’est voter, c’est choisir de valoriser une filière ou des valeurs.

Sur Linverse, vous avez l’assurance de trouver des produits qui respectent au mieux l’environnement, fabriqués par des créateurs et marques qui veulent défendre leur vision de l’économie circulaire. Si vous voulez voir les pépites que nous avons déniché pour vous : nos pépites issus de l’upcycling et nos coups de cœur issus du recyclage.


Sources

  • L'industrie de la mode : l'ère délétère de la fast-fashion - FranceInter
  • Fast fashion - Les dessous de la mode à bas prix - ARTE
  • Posidonie - Des filets de pêche aux maillots de bain - NouveauModele
  • Textile : Econyl, des dechets transformés en nylon - technique-ingenieur.fr